Mission à Kalkam
Nuit difficile et courte : réveil vers 5h du matin.
Il n’y a qu’une « salle de bain » (c’est-à-dire petit espace avec toilette et robinet/tonneau/casserole – vous y êtes habitués maintenant !) pour une quinzaine de personne. Le Docteur Nispera, Dentiste, est originaire de ce village et a y encore un oncle. Nous traversons une partie du village pour arriver jusqu’à leur maison/ferme.
C’est l’heure du déjeuner des poules : ça picore dans tous les sens et lorsqu’il ne reste plus grand-chose au sol, on se bat même pour attraper les graines !
La maison est très simple, mais a des vrais murs. Dehors : cuisine/évier, un feu de bois pour faire chauffer le repas.
A l’intérieur, une grande chambre est rapidement transformée en salon. La maison a piteuse allure, mais à l’intérieur, Télé, chaine audio, ordinateur, internet ! Contraste que l’on retrouve souvent dans ce pays.
Un petit enfant en sort et s’amuse comme un fou avec l’un des nombreux chiens qui, bonne pâte, se plie à tous ses désidérata.
Sur le chemin du retour, une habitante nous donnes des fruits de la passion pour nous remercier des soins que nous sommes venus apporter.
De retour au bureau du Baranghay, petit dej/repas.
Je vais vivre alors un GRAND moment ! Depuis le temps qu’on me parle du Durian, le fruit préféré des philippins, je vais pouvoir goûter !
Il faut préciser qu’il est interdit de transporter du Durian en avion ou dans le métro de Singapour.
Je comprends pourquoi !
Certains disent du Durian : it smells like hell, but it tastes like heaven ! (ça sent mauvais comme l’enfer, mais ça a le goût du paradis)
L’abbé Couture nous avait dit qu’il fallait qu’on goûte ce fruit, mais à son air, on se doute qu’il y a un truc ! Delphine m’avait juste dit : il faut que tu goûtes et tu verras !
Allons bon, maintenant, j’en ai un dans la pièce car vous sentez d’abord qu’il est là avant de le voir !!!! Une odeur un peu nauséabonde, une couleur jaune claire un peu crémeuse à l’intérieur d’une coque verte couverte de pics .
Si vous enlever l’odeur (j’avoue que c’est assez difficile !), vous pouvez imaginer une crème glacée italienne à la vanille.
Avant d’entamer l’assiette qu’on me tend, je m’assure que j’ai le droit de ne pas finir !
Tout le monde attend ma réaction…. Photos …. La française goûte !
Eh bien j’ai goûté et …………..j’espère ne pas être forcée d’en prendre de nouveau !!!!!
Je ne saurai qualifier le goût : écoeurant avec une dominante d’ail !
On m’apporte ensuite un poster ventant tous les bienfaits de ce fruit : des fibres, de la vitamine C, du fer…. Bref, que demander de plus !
Les philippins finissent l’énorme boite de Durian en se léchant les babines. Il aurait été dommage que je les prive d’un tel plaisir en en prenant plus que de raisonnable !
C’est le moment du départ. Plusieurs fois pendant la mission, la secrétaire du Baranghay s’excusait du peu de confort, et parfois du manque de propreté des lieux. J’avais beau la rassurer, lui dire que tout allait bien, elle était tout de même gênée. Au moment du départ, elle m’offre un collier en mini-perles produit de l’artisanat local. Je suis toute émue car je n’avais pas l’impression de faire quelque chose d’extraordinaire, mais je pense que pour elle et son village, c’est énorme qu’une blanche vienne aider leurs contrées. Une photo s’impose, et comme beaucoup de philippines, elle n’ose pas sourire car elle a honte de ses dents (elle a de la chance, elle les a encore toutes !).
Nous embarquons ensuite tous debout, sur un pick-up, l’armée avec nous bien sûr. Nous voilà partis sur nos chemins de terre faits de creux et bosses au milieu des plants d’ananas avec, en arrière plan, des montagnes, des palmiers et cocotiers. C’est superbe !
Nous finissons par rejoindre la vraie route pour la quitter peu après pour prendre un nouveau chemin de terre en direction des montagnes. Des petites rizières, des cocotiers, des fleurs, des maisons en bois ou en dur, quelques vaches et chèvres, des enfants sur le bord du chemin. Toujours cette même pauvreté, mais également toujours ce calme et cette paisibilité qui règne. Tout au bout, le Baranghay de Kalkam qui dépend de la ville de Tupi.
Même rituel : repérage des lieux, installation et c’est parti !
Pendant que nous installons notre lieu de travail, les responsables du village annoncent notre présence au micro : mission médicale, une opportunité à ne pas manquer !
La mission est plus courte : début vers 10h15 et fin à 14h15, pause déjeuner comprise.
Bilan, 159 patients. 2 personnes ont été pansés, l’un deux a même été recousu sur 2 doigts de la main. Sheryl et les volontaires de Manille ont réalisé les 2 interventions.
Nous avons plus d’espace : une petite maison pour l’enregistrement, une autre pour les dentistes et un espace sur une estrade couverte pour visite médicale et pharmacie.
Du coup, les patients, (certes moins nombreux) attendent de façon plus ordonnée et le niveau sonore est moindre. Le docteur Cagapé peut ainsi travailler dans des conditions plus sereines !
Comme la veille, la pluie s’est invitée, mais de façon plus discrète.
Les cartons bouclés, le maire nous invite à un pôt. Il est 15h et nous avons fini de déjeuner à 13h. Par pôt, comprenez Riz, brochettes de poulet et de foie, et même durian : je leur laisse bien sûr le plaisir de le déguster !
Ici aussi, on mange avec les doigts ! J’ai de la chance, on me propose cuillère et fourchette !
Je finis par me demander si le surpoids n’est pas le moyen de reconnaître les personnes aisées (ou relativement aisées) : ils mangent toute la journée (car je vous ai passé les 2 snaks que nous avons eu dans la matinée !) alors que les plus pauvres ne mangent parfois qu’un repas de riz par jour. Nous n’avons que très rarement vu des patients en surpoids. La plupart sont chétifs.
Retour ensuite à GenSan. Comme d’habiture, Yolli est au bureau.
Elle me demande si j’ai faim !!!!!
Après lever à 4h suivi d’une nuit courte et mouvementée et 2 journées de missions, je suis un peu fatiguée. Apparemment, ça ce voit car on m’en fait la remarque !

Peut être certains d’entre vous se souviennent de l’appel de détresse lancé l’année dernière pour la sauver. Elle souffre d’un méningoencéphalocèle : je ne saurais pas vous expliquer de quoi il s’agit en terme médicaux, mais globalement, il y a un problème avec le cerveaux qui descend dans le visage. L’année dernière, il fallait l’opérer d’urgence pour mettre un canal de dérivation d’un certain liquide avant qu’il n’y ait des séquelles cérébrales (Jane n’avait que quelques mois). Ce fut la 1ère opération. Une autre devra avoir lieu dans les prochains mois, peut être l’année prochaine. A suivre.
Il est impressionnant. Il a la même maladie que Jane, mais en beaucoup plus gros ! Le kyste est énorme, comme une grosse « bulle » violacée qui lui couvre l’œil ; il a la tête tournée sur le côté, sans doute pour pouvoir faire reposer la « bulle ». Malheureusement, il était déjà trop tard lorsqu’il est arrivé l’année dernière à la mission : le cerveaux était touché et il gardera des séquelles, quoi que nous fassions….
La maison est également très pauvre : une famille de sept enfants vivant dans une maison en bois, sol en terre ; les enfants portent des vêtements déchirés, sont pied-nus. Quelques images pieuses, une petite statuette. Une vieille télé poussiéreuse au milieu…
Normalement, aujourd’hui est un dimanche où un prêtre de Manille doit venir pour célébrer la messe.









