Interview Doc Cagapé

Je vous parle régulièrement des missions que nous réalisons avec le Docteur Cagapé. Ce médecin a fondé l’association « Hearts & Brains » et travaille souvent avec ACIM Asia qui met à disposition des volontaires pour les missions et fournit parfois des médicaments. Voici l ‘interview que j’ai réalisée.

Doc Cagapé au travail Bonjour Docteur, pouvez-vous me parler des missions que vous réalisez, quelle aide apportez-vous aux populations locales, comment a évolué l’histoire de votre association ? 

J’ai fondé l’association en 1996.

Au début, lorsque nous avons commencé les missions, j’étais seul médecin. J’y allais à pied avec 2 ou 3 volontaires. Nous allions dans les différents barangays de Malapatan. D’ailleurs, l’association s’appelait « Hearts & Brains  of Malapatan ». Lorsque nous apportions beaucoup de médicaments, nous demandions le support logistique des autorités locales.

Petit à petit, d’autres provinces ont eu connaissance de mes missions et m’ont demandé d’intervenir chez eux. Nous avons déménagé à General Santos et le nom de mon association est devenu « Hearts & Brains Inc ». J’ai reçu plusieurs certificats, et aujourd’hui, j’interviens dans les provinces de South Cotabato, Sarangani, en plus de General Santos.

Dans les années 2000, j’ai commencé à frapper à la porte des écoles d’infirmières pour avoir des volontaires. J’ai également fait appel à des dentistes puis des pharmaciens volontaires, et peu à peu, l’équipe s’est agrandie. 4 à 5 volontaires viennent très régulièrement avec moi et je fais appel aux écoles d’infirmière pour compléter si besoin. Je limite toutefois le nombre de volontaires à chaque mission en raison des aspects de sécurité et de coût. Ce sont les barangays qui nous accueillent qui prennent en charge la logistique (transport et intendance). Nous devons être vigilant concernant la sécurité et n’hésitons pas à demander le concours de l’armée.

En moyenne nous réalisons 2 missions par mois de notre propre initiative.

En complément, la province de Sarangani organise des missions médicales et nous a pris comme partenaire. Nous avons donc de plus en plus de demandes émanant de cette région, que ce soit de la part du Capitol, des barangays, ou de l’armée (la division d’infanterie et l’armée américaine).

Lorsque la demande concerne des secteurs isolés, je réponds toujours favorablement contrairement aux demandes des villes car je considère que ces populations ont plus facilement accès aux soins et sont donc moins prioritaires.

Car il faut également prendre en compte la difficulté pour avoir des médicaments et souvent, les autorités faisant appel à notre aide n’en n’ont pas conscience. Et sans médicaments, pas de missions !

J’ai plusieurs moyens pour en avoir : des pharmacies me donnent (ou me vendent à très bas prix) des médicaments qui vont arriver à expiration et je m’adresse aussi aux fabricants. Je récupère également des échantillons.

J’accepte tout ce qu’on me donne. J’ai certes un cabinet médical, mais dans la réalité une énorme majorité de mes consultations sont gratuites : j’ai donné ma carte de l’association (sorte de laisser passer) à de très nombreux patients, des pauvres gens qui n’ont pas les moyens de se soigner. Ils présentent la carte et ils savent qu’ils ne paieront rien.

Je dois donc souvent demander le support d’autres associations/organisations pour avoir des aides.

J’ai tout un réseau, que ce soit d’associations, de médecins, d’amis, d’animateurs radio…

Nous avons mis en place le système « itx c Ate at Kuya », c’est-à-dire « envoie un SMS à une grande sœur ou à un grand frère». Lorsque nous avons besoin de quelque chose pour un pauvre patient, que ce soit un transport à l’hôpital, des médicaments, un don de sang…., nous envoyons un SMS à notre réseau qui lui-même peut le transmettre à son réseau (ou parfois diffuse la demande sur les ondes !) et on arrive à trouver une solution.

En réalité, à partir du moment où nous faisons ce travail pour l’amour de Dieu, Dieu pourvoit à toutes nos demandes ! Nous nous rendons disponibles, il fait le reste et tout va bien !

Pour nos missions, les dons sont de différente nature : c’est une société de pêche qui me donne du poisson, les autorités qui donnent de la nourriture, ce sont des cartons de vêtements….. Une fois, nous avons eu du lait de chèvre.

Il m’arrive également de demander aux curés de certaines paroisses de me donner l’opportunité de parler de nos œuvres à l’issue des messes afin de collecter des fonds, des objets, des vêtements.

Vos missions ne sont donc pas uniquement médicales . 

Notre programme s’appelle « Tulong ko sa pasyenteng Filipino » : l’aide aux patients Philippins.

Le logo est une maison philippine portée par des tas de philippins : cela veut dire que chacun de nous, à notre niveau, et par des choses simples, nous pouvons aider les philippins.

Par exemple, au lieu d’acheter une cigarette à 1 peso, un fumeur peut acheter un comprimé de paracetamol pour un patient. Au lieu de perdre son temps à compter les jeepneys ou à boire un coup, on peut aller visiter un patient à l’hôpital.

lire la suite


Archive pour septembre, 2009

Géographie

Certains d’entre vous m’ont demandé de situer l’endroit où je me trouve. Voici donc une carte des Philippines ainsi qu’un zoom sur la région de General Santos, au sud de l’ile de Mindanao  

La ville est entourée à l’est et à l’ouest par la province de Sarangani et au nord par la province South Cotabato.

Chaque province est composée de quelques municipalités, elles-mêmes regroupant plusieurs barangays (ce sont des quartiers, des villages ou des sortes de hameaux).

Gensan n’est rattachée à aucune province et compte 26 barangays.

Les municipalités de la province de Sarangani sont : Maitum, Kiamba, Maasim, Malungon, Alabel, Malapatan, Glan. Je vais donc tâcher de vous indiquer systématiquement la municipalité de rattachement des missions que nous réalisons.

cartephilippinesrduite.jpg

cartergionsgensan2.jpg

Visa

Ça y est, mes photos en poche, je vais pouvoir faire renouveler mon visa.

Avant de quitter le bureau, Yolly m’explique qu’il y a 3 sortes de visas : les touristes, les hommes d’affaire et les personnes venant dans le cadre de missions humanitaire. Le prix des visas est élevé pour les 2 premières catégories car l’administration considère que les personnes qui viennent dans ce cadre ont de l’argent : il faut donc en profiter.

Mon visa actuel est un peu particulier car il porte la mention « business » sans que je sois pour autant autorisée à travailler ni à étudier. Lorsque je l’ai présenté 2 jours plus tôt, l’employée m’a remis un formulaire de renouvellement de visa touristique. Mais ici je suis bénévole pour une mission humanitaire. Allons bon ! On verra bien !

Direction donc le bureau de l’immigration. J’apprécie toujours autant l’air conditionné !

Je présente mon dossier : l’employée regarde, apporte quelques corrections, ajoute des tampons puis s’en va au fond du bureau, derrière une petite cloison.

J’en profite pour regarder un peu plus ce qui se passe autour : vu de l’extérieur, on ne peut pas dire que le surmenage guette les personnes de l’administration ! Un monsieur est assis devant un bureau vide : il est là sans rien faire, à regarder par la fenêtre. Pourtant, cela doit être quelqu’un d’important car il a un grand bureau, son nom et son titre sont inscrits sur un socle métallique ! Un autre monsieur le rejoint et il est tout content de tailler une petite bavette avec lui. Son visiteur s’en va et il retourne à son bureau, toujours aussi vide. Il sort finalement un dossier, l’ouvre, commence à regarder quelque chose : cela ne doit pas être passionnant car il se remet de nouveau à la fenêtre. Il faut dire que c’est tentant : son bureau est accolé à une paroi vitrée donnant sur l’extérieur !

Pendant ce temps, la personne en charge de mon dossier est revenue : elle additionne tous les chiffres qu’elle a griffonnée et m’annonce le prix du renouvellement du visa. Je me retiens pour ne pas sauter au plafond : c’est 2,5 fois le prix que j’ai payé pour avoir mon visa en France et cela représente pas loin du SMIC philippin ! Je n’ai pas le temps de demander des explications : elle est déjà repartie pour imprimer des tas de papier sur une imprimante à billes.

Je prépare mes billets en espérant que j’aie assez de liquide pour régler la note ! Ouf, ça passe, mais pas de beaucoup !

De retour à son bureau, je m’étonne du prix auprès de l’employée et lui rappelle que je suis au Philippines dans le cadre d’une mission humanitaire et qu’on ne peut pas vraiment appeler cela du tourisme ! Oui, mais voilà, en France, on ne m’a pas donné de visa humanitaire, et d’ailleurs, il semble qu’on ne puisse pas l’obtenir facilement de France pour une première entrée dans le pays. En revanche, si je rentre en France et que je reviens ensuite aux Philippines, je pourrai peut être demander ce type de visa et là, ce sera moins cher. Pour me « consoler », l’employée m’explique que ce renouvellement coûte cher car il faut que je paye des tas de taxes, mais que dans deux mois, lorsque je ferai de nouveau renouveler mon visa (car le renouvellement n’est possible que par période de 2 mois), le prix sera presque deux fois moins élevé ! Certes, certes. Mais je comprends mieux pourquoi, à ma demande de visa de 6 mois faite en France (en précisant que c’était dans un cadre humanitaire), l’ambassade ne m’a délivré qu’un visa de 2 mois : c’est tellement plus juteux !

En fait, ici, les structures jouent sur le fait que vous êtes demandeur d’un service pour en tirer le maximum  de profit. C’est un peu comme Sheryl avec son emploi hypothétique : les hôpitaux savent qu’il y a énormément d’infirmières au chômage. Vous voulez un emploi ? Et bien il faut payer pour passer les tests de recrutement (non, vous ne rêvez pas !). Puis on vous dit qu’on retient votre candidature dans un premier temps mais que vous n’êtes pas en tête de liste. On vous invite cependant à suivre une formation que vous devez financer (plus de 20 % du salaire d’une infirmière pour une semaine de formation et de ce qu’on a dit à Sheryl, il faut suivre 3 mois de formation !). Pendant ce temps, vous n’êtes pas payés (juste une allowance) , bien sûr, et en fin de formation, on peut vous dire que finalement votre candidature n’est pas retenue  car aucun contrat ne lie l’hopital à l’infirmière sélectionnée ! Une vraie mafia !

Dans ces conditions, Sheryl a préféré ne pas se présenter ce matin à la formation qu’elle avait la possibilité de suivre sans garantie de recrutement. Espérons qu’elle trouvera rapidement un poste. Rien n’est moins sûr ! Une autre intension de prière.

Ce soir a également lieu un grand évènement gastronomique.

Kitz a passé son après-midi devant les « fourneaux » et le résultat est grandiose. Une soupe avec des légumes et des crevettes et du thon frit. Sur la table un autre plat : je me réjouis d’avance de la bonne soupe de légume, une soupe comme on les aime ! Sauf que là, ce n’est pas une soupe, mais un gâteau de potirons et de cacahouettes ! Remarquez, ce n’est pas mauvais du tout, c’est même bon !

Le clou de la soirée est la dégustation de durian par Blandine et Perrine car Sheryl en a apporté un petit. Elles ont un peu de mal à en prendre tant l’odeur est forte ! Elles se bouchent donc le nez. Mais dans ce cas, on ne peut sentir le goût ! Alors il faut en reprendre ! ça y est, elles ont goûté ! Et là, les réactions sont très différentes : tandis que Perrine a dû mal à terminer sa cuillérée, Blandine se régale et en reprend même ! Comme quoi, tous les goûts sont dans la nature ! En tout cas, les garçons ne se font pas prier pour terminer le fruit !

Mission à Alegria – Alabel

Nous voilà parties pour une nouvelle mission : elle a lieu à Alegria, l’un des barangay d’Alabel dans la province de Sarangani. La mission est organisée par le gouverneur de la province. Pour nous y rendre, nous traversons de superbes forêts de cocotiers et de bananiers, sous un grand soleil et au milieu de nuages de poussière ! Je fais le trajet avec Sherylin et bénéficie d’une voiture climatisée : un vrai luxe !

Comme au milieu de nulle part, un village et son école. Les enfants fourmillent de partout. Sheryl et Blandine prennent des postes d’infirmières : tension, température, vérification du rythme cardiaque : elles sont assaillies de toute part et ont parfois du mal à entendre les pulsations cardiaques quand la sono de l’école crache de la musique à tue-tête ! Pendant ce temps Perrine et moi sommes affectées à la pharmacie. Un énorme travail préparatoire a été réalisé par les équipes : des sacs entiers de petits sachets de 10 comprimés avec la posologies donnée le plus couramment. On gagne un temps fou à s’éviter du découpage de plaquettes de capsules !

Ça se corse un peu pour cette mission car il n’y a aucun contrôle sur ce que nous donnons et toute erreur est humaine. Il faut donc être particulièrement vigilent. Mais qui dit 0 contrôle dit aussi : chacun explique au patient ce qu’il doit prendre et quand ! Facile à dire mais la pratique est toute autre ! Car les quelques mots de tagalog ne suffisent pas : certains patients et parents ne parlent que visaya ou même Blaan. J’apprends de nouveaux mots : buntag, udto, bagie en visaya, ce qui donne flafus, elturo et flabe en blaan. C’est-à-dire matin, midi, soir. Cela se complique encore quand il faut expliquer que le paracétamol se prend toutes les 4 heures car les blaans n’ont pas de notion de nombre d’heures ! Heureusement certains volontaires philippins viennent à notre secours ! Je ne suis pas pharmacienne ni médecin, mais à force, on a quelques réflexes et je suis parfois surprise de voir des médecins prescrire des vitamines avant d’aller se coucher ! Bigre ! Heureusement, même si nous n’avons pas de pharmacien dans l’équipe, je peux demander conseil à des personnes plus senior.

Dans la matinée, 2 personnes viennent nous saluer. Le visage de l’un d’eux ne m’est pas inconnu, mais je n’arrive pas à l’associer à une personne. Pas plus lorsqu’il me dit son nom : Steve. Pourtant cela doit être une personne importante car quelqu’un prend des photos avec un appareil de type reflex. Steve nous remercie d’être là et de venir les aider. Leur visite fut très brève et je réalise après coup que Steve est le vice-gouverneur de la province, lui qui avait si bien accueilli les français lors de la mission Rosa Mystica 2008 et leur avait fourni toute l’assistance nécessaire. En tant que vice-gouverneur, son visage apparaît régulièrement sur des banderoles dans les barangays ou dans les écoles et j’avais également vu une photo de lui en compagnie de l’abbé Couture. Quel Rantanplan je fais ! 

Dans les classes à côté, on retrouve le dentiste et les consultations médicales. Cette fois, il y a 3 médecins qui oeuvrent en parallèle. Heureusement, nous sommes nombreux à la pharmacie !

Deux nouveautés pour cette mission :

  • l’école bénéficie des services de deux ophtalmos. Les patients passent d’abord des tests de vue puis choisissent leur paire de lunette en fonction du degré de correction nécessaire.

  • dans une classe, des médecins réalisent des circoncisions. Ici, ce n’est pas une question de religion. Ils considèrent que c’est une question d’hygiène. Et une grande majorité des philippins sont circoncis.

Comme à Bawing, il y a distribution de nourriture et les cuisinières sont toutes fières de prendre la pause !

(Lire la suite…)

Nouvelles rencontres

Perrine et Blandine logent toujours dans la maison de la tante de Sheryl. Nous ne savons pas jusqu’à quand ni quels sont les plans logement pour le futur. Il n’est pas sûr du tout que nous logions dans la maison que je vous ai décrite le 3 septembre. Le problème d’eau est résolu, mais visiblement, d’autres que nous y ont élu domicile : les crockroach ! Et visiblement les bombes anti-bestioles ne leur font pas peur !

Ce matin, les filles ne sont toujours pas là vers 8h30 alors que Patrick vient habituellement les prendre entre 7h30 et 8h et il n’y a personne au bureau. Mais comme nous découvrons parfois l’organisation au jour le jour et nous apprenons à ne nous inquiéter de rien. Je finis par les voir arriver avec Sheryl : tout va bien !

Elle est un peu perplexe. Vendredi, elle devait avoir les résultats de ses entretiens. Mais no news. Une de ses amies lui dit qu’elle a été retenue et qu’elle doit se présenter lundi pour débuter une formation de 3 mois. Cette formation est payante, coûte très cher, et il n’y a aucune garantie d’être retenue à l’issue de la formation ! Pendant la formation, les infirmières ne sont pas payées : elles reçoivent juste une allocation. C’est assez surprenant, mais c’est fréquent ici : les infirmières sont en surnombre et les employeurs en profitent. On est loin de nos schémas français ! Sheryl va essayer d’en savoir plus car comment se fait-il qu’elle soit retenue et que l’hopital ne l’ait pas appelée ?

Plus d’1,5 mois que je suis aux Philippines et mon visa va bientôt expirer. Un rapide passage au bureau de l’immigration et me voilà en quête d’un photomaton pour compléter mon dossier. Mais de photomaton, il n’y en n’a pas. Yolly m’explique qu’il y en a eu pendant un temps mais que cela n’a pas marché longtemps : les gens préfèrent aller dans un studio ! Cela fait tout de suite plus important ! En revanche, il faut être patient : compter 1 heure le temps de faire la queue et de développer les photos. C’est ça le rythme philippin !

mamaetsatante.jpg  Je ne reste pas longtemps au bureau : avant de partir, Clotilde m’avait donné quelques faire-parts de mariage à remettre ici. Si j’ai pu remettre rapidement les premières enveloppes, je n’ai pu encore voir 2 personnes chez qui elle a logé. Apparemment, j’ai une chance de les voir aujourd’hui. Nous partons avec Perrine et Blandine, accompagnées par Maï-Maï (élève infirmière) car l’une des personnes à voir est sa tante. Nous la retrouvons sur son lieu de travail. Elle est vive, rigolote et est ravie de profiter de notre présence pour faire sa pause goûter ! « J’ai faim » dit-elle ! (C’est aussi ce que dit toujours HoneyBee quand elle passe bureau : à croire que ce sont les premiers mots de français qu’apprennent les philippins !). Elle nous invite au Donut’s kingdom : tout un programme ! Le goûter est un peu particulier : sorte de sandwich Mac-Do, sans le steak haché. Il est 17h30 : s’agit-il uniquement d’un goûter ou bien d’un dîner ? C’est bien un goûter, mais copieux car nous avons le privilège d’avoir en plus d un beignet sucrée rempli de crème et recouvert de sucre glace : on s’en met pleins les doigts, un vrai bonheur.

Les bonnes surprises ne s’arrêtent pas là ! Nous pensions rentrer au bureau, mais arrivons dans un petit café restaurant assez sympa : lumière tamisée autour de tables en bois. Nous faisons la connaissance de Sherylin. Ancienne infirmière, c’est maintenant une business woman dans le domaine du tourisme, restaurant et santé. Elle est seule avec ses 3 jeunes enfants, son mari ayant été tué il y 2 ans. Elle est catho et franc-maçonne en même temps, mais cela n’a pas l’air de la perturber. Grâce à facebook, elle est en relation avec d’autres franc-maçons aux US et en France. Nous voilà de nouveau à table. De jolies assiettes, des plats bien présentés. C’est très copieux, surtout après notre goûter pantagruelique et nous sommes obligées de faire honneur ! Pendant tout le repas, nous entendons de la musique assez branchée ! Nous voulons voir l’intérieur du restaurant : une salle de billard et un karaoké.

godwill.jpg C’est parti ! Patrick et Godwill semblent des habitués de la canne et Blandine se met vite dans le bain. La salle est vide et Sherylin nous apporte la liste des chansons disponibles pour la karaoké : nous avons la piste pour nous ! En solo, duo ou trio, nous enchaînons quelques classiques, mais également « Malbrough s’en va en guerre » ! Le pompon est un Ave Verum de Mozart que nous chantons à 2 voix avec Perrine ! Non, vous ne rêvez pas, cela faisait bien partie des musiques disponibles ! Du jamais vu dans un karaoké !

dsc00388bisrduite.jpg Nous ne pouvons prolonger longtemps la soirée car un SMS arrive : demain matin : nouvelle mission ! Décidément, le début de la semaine est un feu d’artifice !

Gensan city

Petit WE tranquillou mais bien sympathique.

Samedi nous retrouvons Sheryl après le déjeuner. Elle nous a concocté un petit programme. Tout d’abord shopping : nous voulons trouver un cadeau pour l’anniversaire de sa grand-mère. Pas évident quand on ne connaît pas la personne et que les chocolatiers ne courent pas les rues. Après quelques hésitations, nous optons pour une bouteille de sorte de jus de pomme pétillant non alcoolisé. Ça ne peut être que bon puisque ça vient de France ! Il faut espérer que cela lui plaira aussi. Nous voulons assurer le coup avec une valeur sûre : une tablette de chocolat. Bien banal me direz-vous. Pas tant que ça ! Car ici, vous ne trouvez pas de bonnes tablettes dans les rayons de super marché mais plutôt dans à une boutique pour les gourmets dans laquelle vous trouvez du vin (quelques vins français quelconque qui sont hors de prix), des alcools, des cigarettes et des plaquettes de chocolat. Mais attention, pas question de se servir soi-même. Les plaquettes sont derrière une vitrine. Vous choisissez le « parfum » qui va de chocolat au lait avec noisettes à chocolat au lait avec noisettes, raisins et céréales, plus ou moins crémeux, cela vous donne une idée du choix ! C’est assez limité. Un monsieur ouvre la vitrine pour en ressortir votre commande. Un peu plus et j’ai cru qu’il allait mettre ses gants blancs pour nous servir. Je me suis alors souvenue d’une remarque de Wilmer laissant sous-entendre que le Tobleronne était quelque chose de délicieux, mais totalement inaccessible pour eux.

Nous enchaînons sur un petit tour vers la place toute neuve de Gensan : un peu de gazon (ce qui est très rare à Gensan), quelques statues des héros nationaux, de petits plans d’eau avec des petits ponts, des cygnes kitch à souhait. Il y a même la petite cascade artificielle, tout y est ! Tout est flambant neuf la place ayant été refaite récemment. Nous allons ensuite faire un petit tour à l’église Our Lady of Peace and good Voyage. C’est la plus grande église de Gensan. Comme dans les autres églises, des grillent tiennent lieu de murs latéraux. Le clocher est à côté de l’église. Il n’a de modernité que la look car les cloches sont toujours sonnées en tirant sur un câble et nous voyons bientôt un gardien plié en deux en train de sonner les cloches ! A côté de l’église mais toujours dans son enceinte, une statue de la Vierge avec un plaque en mémoire des innocents tués lors des avortements.

Prochaine étape : la mer ! Sheryl nous prévient qu’il faut être vigilent et que nous ne pourrons y rester longtemps. Nous y accédons par le « tuna park » : tout un programme ! Des vieilles « statues » trouées représentant des animaux bleu, vert ou rose. Je reconnais ceux dont j’ai pu voir des photos sur Google hearth. Juste devant la mer, quelques maisons en bois où il n’est sans doute pas désagréable de prendre un pique nique. L’eau de couleur marron-grise est peu engageante. Sheryl nous déconseille même d’y t tremper les pieds car Gensan est un énorme port de pêche et il y a sans doute beaucoup de mazout dans l’eau ! Cela n’empêche pas certains philippins de s’en donner à cœur joie de se jeter dans l’eau, de faire des tentatives de surf, y compris avec une simple planche de bois !

Je ne vous l’ai peut être pas dis, mais Perrine est instite et on ne se défait pas comme ça de ses déformations professionnelles ! Quelques traits sur le sable et voilà un cours de géographie de la France pour situer Paris et Lourdes. Carte éphémère rapidement effacée par les vagues.

Nous prenons un tricycle pour rentrer, et là, c’est un modèle ras-du-sol. Assise à l’arrière avec Sheryl, j’ai l’impression qu’à chaque creux ou bosse, nous allons nos retrouver par terre ! Nous sommes obligées de nous retenir à une petite poignée et nous mangeons la poussière à pleins poumons !

(Lire la suite…)

Bravo Kitz !

La matinée est vite passée car nous apprenons que l’abbé Ghéla est arrivé et nous avons donc la messe le matin.

En fin de matinée, Elaine accompagnée de Bubbles puis de Judith part faire des courses. Et là, il s’agit de grosses courses ! Depuis quelques temps, le bureau avait prévu d’acheter du matériel informatique pour remplacer un vieil ordinateur qui ne marchait plus et équiper le bureau d’un autre ordinateur. C’est un gros investissement pour nos petits moyens. Elaine s’est documentée sur ce qu’il faut acheter, et c’est maintenant le grand saut ! Il faut au moins être à plusieurs pour se soutenir moralement pour réaliser un si gros achat !

L’après-midi, je découvre le bureau de la poste principale de Gensan. Il faut préciser que la ville a plus de 530 000 habitants et seulement 3 bureaux de poste : un dans chacun des deux grands centres commerciaux de la ville et la poste principale. Cette dernière n’a pas grand-chose à envier à certains de nos vieux bureaux de poste, non encore rénovés, et ressemble plus à un bureau de poste de province : 2 à 3 guichets maxi. C’est assez artisanal. Je veux envoyer un courrier pour qu’il arrive dans les 2 semaines : pour eux, cela équivaut à un courrier recommandé : votre envoi est enregistré à la main sur un cahier, un code barre est apposé sur l’enveloppe. On vous remet un bout de papier philippin (c’est-à-dire gris et presque 2 fois moins épais que notre papier classique français) sur lequel est apposé le même code barre et un tampon avec la date du jour. A vous de vous souvenir à qui vous avez envoyé la dite enveloppe. Mais, à vrai dire, je ne pense pas que les philippins envoient beaucoup de courriers comme ça. Si c’est urgent, il y a plus de chance que le besoin émane d’une entreprise et dans ce cas, il y a des sociétés de courrier express.

En rentrant, je travaille avec Bubbles et Sheryl sur l’identification des patients de la mission médicale de Sampaloc pour lesquels un suivi particulier doit être fait : il s’agit principalement de personnes atteintes de tuberculose ou de problèmes de thyroïde.

Le soir, nouvelle soirée surprise : direction un barbecue de poisson. Vous choisissez vos poissons, et on vous les apporte quelques minutes après, grillés, dans vos assiettes. Pendant la grillade, nous faisons une partie de jeu de fléchette ! En compétition : Kitz, qui commence par un coup de maître, Sheryl, Perrine, Blandine et moi. Nous sommes l’attraction du petit barbecue (les philippins aiment beaucoup venir dans ce genre d’endroit car c’est sympathique et bon marché). La bataille est acharnée. Score final : 1er Kitz, suivi par Sheryl, moi, Blandine et Perrine. Le dîner est délicieux. Tout d’un coup Sheryl disparaît et revient avec 2 noix de cocos : à l’intérieur, des glaces violettes entourées de corn flakes. Au milieu de tout cela, de la gelly rouge, verte et blanche ! ça surprend au 1er abord, mais c’est rigolo et pas mauvais du tout !

Décidément, nous avons été particulièrement gâtées ces derniers jours ! Que nous réserve demain ? On verra. Ce sera le WE et nous passerons l’après-midi complet avec Sheryl et Kitz.

Chez Sheryl

Rien de particulier au bureau jeudi : les problèmes informatiques pour Blandine et Perrine ne sont toujours pas résolus. Nous avons tenté de télécharger certains pack à partir d’internet et tentant de les transférer avec ma clé USB : je me suis rendue compte que ma clé avait un virus. Résultats, recherches sur internet pour la dé véroler !

En revanche, une surprise nous attend le soir : Sheryl nous invite à l’anniversaire de l’un de ses cousins. Je vais enfin découvrir où elle habite. Il faut tout d’abord faire un long trajet en tricycle (enfin, je veux dire long par rapport à ce que nous faisons d’habitude car il ne faut gère plus de 10 à 15 minutes). Petite anecdote révélatrice sur le trajet : alors que roulons et sommes assises à l’arrière (je suis pliée en deux car je n’ai pas la gabarit philippin !) Sheryl laisse tomber sa montre sur la route. Il fait nuit et compte tenu des pétarades du tricycle, le chauffeur a du mal à entendre qu’on lui demande de s’arrêter. Le tricycle qui nous suit a vu tomber l’objet et s’arrête tout de suite. Le temps que nous fassions demi-tour, il fait signe aux voitures de s’écarter et ramasse la montre. Sheryl a pu la récupérer entière !

Nous arrivons chez Sheryl, dans la campagne, au barangay Ligaya (l’un des 26 barangay de Gensan). Presque toute sa famille habite ici, chacun dans une maison à proximité les unes-des-autres. Après un dédale au milieu d’arbres, de fleurs, et de maisons, nous arrivons chez sa tante. Nous faisons la connaissance de sa maman et de sa grand-mère : elles sont très jeunes et font encore moins que leur âge. Nous avons droit aux traditionnelles questions : quel âge avez-vous, êtes-vous célibataire, pourquoi?

Tout le monde a déjà dîné, mais il reste encore de quoi nourrir une quinzaine de personnes ! Nouilles philippines, pâtes à la carbonara, spaghetti bolognaises sans oublier le riz (non, vous ne rêvez pas !). A cela s’ajoute de la viande : l’un des cochons de la maison a été tué, roti à la broche puis découpé devant la maison. Nous mangeons rarement de dessert ou de fruit, mais là nous sommes gâtées. C’est tout d’abord une salade de noix de coco. Comment vous décrire cela … ? des copeaux de noix de coco fraîche (dont le goût n’a absolument rien à voir avec les noix de coco séchées que nous avons en France), mélangés à du maïs, de la paye, de l’ananas, de la gelly, le tout baignant dans une sauce blanche dont le goût est indéfinissable. On nous dit que c’est sucré, mais on peut honnêtement se poser la question. Pas de chance, on nous a servi un grand verre ! Il va falloir finir car un peu ça va, mais beaucoup… Pour les filles, même un peu aurait déjà été dur ! Du coup, nous sommes contentes de terminer par un gâteau au chocolat, genre énorme génoise enrobée de crème au beurre au chocolat bien écoeurant, bref, le gâteau qu’on chercherait à éviter en France !

Nous repartons avec une autre invitation sous le bras : dimanche, c’est l’anniversaire de la grand-mère !

Mission à Wabing – Gensan

Ce matin, Patrick est allé à Alabel pour chercher 2 patients, dont le petit Rico (surnommé « big boy »). Nous participons à une mission à Bawing (Barangay rattaché à Gensan), mission organisée par l’armée Philipinne. L’armée américaine y participe et a demandé des volontaires. Le médecin, à qui Sheryl avait parlé de Rico, a souhaité le voir afin de regarder s’il pouvait l’opérer

Cette fois, c’est une mission indépendante de celles menées par Doc Cagapé. Pas de support logistique pour le transport : Patrick est notre chauffeur, accompagné de Godwil toujours en attente de nouvelles concernant la reprise de son travail. Sur le trajet, nous embarquons une amie de Sheryl, elle aussi infirmière. Les volontaires d’aujourd’hui sont la « Sheryl’s team ».

Dans la voiture, les filles commencent à apprendre la chanson sur les parties du corps (cf chronique du 19 août).

La mission se déroule dans une école, non loin de Gensan. Le trajet est vite parcouru. Les américains sont déjà là de même que l’armée philippine. 5 ou 6 élèves infirmières sont également sur place. La mission sera composée d’une équipe dentaire (1 dentiste et des assistants), un médecin philippin et le médecin américain.

Il faut terminer la mise en place des « installations » avant que nous puissions commencer. Dehors, les enfants grouillent de partout. Quelques uns doivent donner une petite représentation : ils sont sur leur 31 : robe longue de princesse, maquillage pour les filles, pantalon tout propre et chemise blanche brodée pour les garçons. C’est trop mignon !

Pour les enfants, c’est un évènement : 3 filles blanches d’un coup ! Sans doute du jamais vu pour eux. Je suis rapidement assaillie d’enfants pendant qu’un autre groupe se forme autour de Blandine et Perrine.

Je veux prendre des photos de groupes. Tous veulent être dessus. Je me recule pour les faire rentrer dans le cadre, et les voilà qui s’avancent vers moi ! Aïe, on ne va pas y arriver. Après plusieurs tentatives d’explication en anglais et avec des gestes, ça y est les photos sont prises.

Le flot « d’admirateurs » ne désemplit pas. C’est maintenant le tour des autographes ! Je suis impressionnée par une petite fille qui souffre de malformations : elle n’a pas de doigts, juste une petite excroissance au niveau du pouce. Son visage est également légèrement atteint. Malgré cela, son sourire fait plaisir à voir. Elle a comme une « grande sœur » toujours avec elle qui semble la protéger. C’est touchant de les voir toutes les deux.

Dans l’autre groupe, les enfants chantent la chanson des parties du corps puis enchaînent sur celles que j’entends tous les matins à l’école. Les programmes communs iraient-ils jusque dans les chansons ?

C’est bien beau tout cela, mais il faut songer à travailler. Ça fait même du bien de rentrer dans les classes-salles d’auscultation-pharmacie car la chaleur extérieure devient difficilement supportable pour nous.

La pharmacie est déjà installée et les élèves infirmières sont à la tâche. Les petits bureaux servent de salon d’attente pour l’enregistrement puis pour l’auscultation. Le médecin philippin n’a pas la même méthode que Doc Cagapé, et cela prend plus de temps (il est vrai que le mode de fonctionnement de Doc est particulièrement efficace !). La méthode de travail est également différente à la pharmacie : les posologies sont écrites avant même que nous nous soyons assurées d’avoir le médicament. Résultat, il arrive souvent que nous raturions la feuille de posologie d’un patient pour remplacer un médicament manquant par un autre.

Dans une classes voisine, c’est l’effervescence : il y a une sorte de friperie gratuite : les mères de famille peuvent prendre des vêtements donnés à l’école.

(Lire la suite…)

Premier déménagement

Nouvelle procession : aujourd’hui, c’est la fête de la Nativité de la Ste Vierge.

Nous épargnons les filles d’un lever trop matinal : il faut qu’elles finissent de récupérer.

Pas d’évènement particulier pendant la journée. Blandine et Perrine devront saisir les dossiers des patients des missions 2007 et 2008. Ceux de 2008 avaient été saisis l’année dernière, mais un virus a détruit tout le travail !

Les dossiers doivent être saisis dans une base Access. Seule Blandine a un ordinateur et elle ne dispose pas du logiciel. Après plusieurs tentatives, impossible de l’installer !

Ce n’est pas bien grave, il y a encore du tri de médicaments à faire.

Pendant ce temps, je m’attaque à mon 2ème article : il est assez court : je devrais pouvoir le terminer dans la journée.

Nous n’avons toujours pas de nouvelles concernant le logement. Nous avons proposé de dormir toutes les 3 dans ma chambre : il y a déjà un 2ème lit et il suffirait de mettre un matelas supplémentaire. Le ventilateur mis à la puissance maximale devrait permettre de passer la nuit sans étouffer !

En fin de journée, départ : les 2 grosses valises sont chargées sur le toit d’un tricycab et nous embarquons à 5 passagers. Autant vous dire que c’est presque comme si nous roulions sur la gente. Nous empruntons des chemins en terre, ça saute de partout ! En plus, les tricycab sont bâtis à la taille des philippins qui, bien évidemment, n’est pas celle des européens ! Gare aux bosses !

Nous nous arrêtons finalement devant un grand portail : le plan « maison de la tante de Sheryl » a fonctionné. Nous voyons tout de suite que nous sommes dans une maison d’un tout autre standing que ce que nous avons vu jusqu’à présent :  quelques marches à l’entrée, une pièce avec un meuble casi flambant neuf, une cuisine spacieuse, une chambre avec des tas de jouets d’enfants. Tout est propre. Nous sommes accueillis par la tante de Sheryl et son fils de 4 ans : elle n’habite plus ici depuis le décès de son mari il y a quelques mois. Ce sera la maison de Perrine et Blandine. Pour combien de temps, nous ne savons pas. Vais-je les rejoindre ? Point d’interrogation également : pour le moment il n’y a que 2 matelas. On verra bien.

En attendant, nous apprécions le menu « barbecue » que Sheryl et Kitz sont allés cherchés. Cuisine 100 % locale, un vrai régal ! Pour les 2 filles, c’est génial : elles sont tout de suite mises dans l’ambiance.

Et ce n’est pas terminé car demain, mission médicale !