Interview Doc Cagapé
Je vous parle régulièrement des missions que nous réalisons avec le Docteur Cagapé. Ce médecin a fondé l’association « Hearts & Brains » et travaille souvent avec ACIM Asia qui met à disposition des volontaires pour les missions et fournit parfois des médicaments. Voici l ‘interview que j’ai réalisée.
Bonjour Docteur, pouvez-vous me parler des missions que vous réalisez, quelle aide apportez-vous aux populations locales, comment a évolué l’histoire de votre association ?
J’ai fondé l’association en 1996.
Au début, lorsque nous avons commencé les missions, j’étais seul médecin. J’y allais à pied avec 2 ou 3 volontaires. Nous allions dans les différents barangays de Malapatan. D’ailleurs, l’association s’appelait « Hearts & Brains of Malapatan ». Lorsque nous apportions beaucoup de médicaments, nous demandions le support logistique des autorités locales.
Petit à petit, d’autres provinces ont eu connaissance de mes missions et m’ont demandé d’intervenir chez eux. Nous avons déménagé à General Santos et le nom de mon association est devenu « Hearts & Brains Inc ». J’ai reçu plusieurs certificats, et aujourd’hui, j’interviens dans les provinces de South Cotabato, Sarangani, en plus de General Santos.
Dans les années 2000, j’ai commencé à frapper à la porte des écoles d’infirmières pour avoir des volontaires. J’ai également fait appel à des dentistes puis des pharmaciens volontaires, et peu à peu, l’équipe s’est agrandie. 4 à 5 volontaires viennent très régulièrement avec moi et je fais appel aux écoles d’infirmière pour compléter si besoin. Je limite toutefois le nombre de volontaires à chaque mission en raison des aspects de sécurité et de coût. Ce sont les barangays qui nous accueillent qui prennent en charge la logistique (transport et intendance). Nous devons être vigilant concernant la sécurité et n’hésitons pas à demander le concours de l’armée.
En moyenne nous réalisons 2 missions par mois de notre propre initiative.
En complément, la province de Sarangani organise des missions médicales et nous a pris comme partenaire. Nous avons donc de plus en plus de demandes émanant de cette région, que ce soit de la part du Capitol, des barangays, ou de l’armée (la division d’infanterie et l’armée américaine).
Lorsque la demande concerne des secteurs isolés, je réponds toujours favorablement contrairement aux demandes des villes car je considère que ces populations ont plus facilement accès aux soins et sont donc moins prioritaires.
Car il faut également prendre en compte la difficulté pour avoir des médicaments et souvent, les autorités faisant appel à notre aide n’en n’ont pas conscience. Et sans médicaments, pas de missions !
J’ai plusieurs moyens pour en avoir : des pharmacies me donnent (ou me vendent à très bas prix) des médicaments qui vont arriver à expiration et je m’adresse aussi aux fabricants. Je récupère également des échantillons.
J’accepte tout ce qu’on me donne. J’ai certes un cabinet médical, mais dans la réalité une énorme majorité de mes consultations sont gratuites : j’ai donné ma carte de l’association (sorte de laisser passer) à de très nombreux patients, des pauvres gens qui n’ont pas les moyens de se soigner. Ils présentent la carte et ils savent qu’ils ne paieront rien.
Je dois donc souvent demander le support d’autres associations/organisations pour avoir des aides.
J’ai tout un réseau, que ce soit d’associations, de médecins, d’amis, d’animateurs radio…
Nous avons mis en place le système « itx c Ate at Kuya », c’est-à-dire « envoie un SMS à une grande sœur ou à un grand frère». Lorsque nous avons besoin de quelque chose pour un pauvre patient, que ce soit un transport à l’hôpital, des médicaments, un don de sang…., nous envoyons un SMS à notre réseau qui lui-même peut le transmettre à son réseau (ou parfois diffuse la demande sur les ondes !) et on arrive à trouver une solution.
En réalité, à partir du moment où nous faisons ce travail pour l’amour de Dieu, Dieu pourvoit à toutes nos demandes ! Nous nous rendons disponibles, il fait le reste et tout va bien !
Pour nos missions, les dons sont de différente nature : c’est une société de pêche qui me donne du poisson, les autorités qui donnent de la nourriture, ce sont des cartons de vêtements….. Une fois, nous avons eu du lait de chèvre.
Il m’arrive également de demander aux curés de certaines paroisses de me donner l’opportunité de parler de nos œuvres à l’issue des messes afin de collecter des fonds, des objets, des vêtements.
Vos missions ne sont donc pas uniquement médicales .
Notre programme s’appelle « Tulong ko sa pasyenteng Filipino » : l’aide aux patients Philippins.
Le logo est une maison philippine portée par des tas de philippins : cela veut dire que chacun de nous, à notre niveau, et par des choses simples, nous pouvons aider les philippins.
Par exemple, au lieu d’acheter une cigarette à 1 peso, un fumeur peut acheter un comprimé de paracetamol pour un patient. Au lieu de perdre son temps à compter les jeepneys ou à boire un coup, on peut aller visiter un patient à l’hôpital.


Je ne reste pas longtemps au bureau : avant de partir, Clotilde m’avait donné quelques faire-parts de mariage à remettre ici. Si j’ai pu remettre rapidement les premières enveloppes, je n’ai pu encore voir 2 personnes chez qui elle a logé. Apparemment, j’ai une chance de les voir aujourd’hui. Nous partons avec Perrine et Blandine, accompagnées par Maï-Maï (élève infirmière) car l’une des personnes à voir est sa tante. Nous la retrouvons sur son lieu de travail. Elle est vive, rigolote et est ravie de profiter de notre présence pour faire sa pause goûter ! « J’ai faim » dit-elle ! (C’est aussi ce que dit toujours HoneyBee quand elle passe bureau : à croire que ce sont les premiers mots de français qu’apprennent les philippins !). Elle nous invite au Donut’s kingdom : tout un programme ! Le goûter est un peu particulier : sorte de sandwich Mac-Do, sans le steak haché. Il est 17h30 : s’agit-il uniquement d’un goûter ou bien d’un dîner ? C’est bien un goûter, mais copieux car nous avons le privilège d’avoir en plus d un beignet sucrée rempli de crème et recouvert de sucre glace : on s’en met pleins les doigts, un vrai bonheur.
C’est parti ! Patrick et Godwill semblent des habitués de la canne et Blandine se met vite dans le bain. La salle est vide et Sherylin nous apporte la liste des chansons disponibles pour la karaoké : nous avons la piste pour nous ! En solo, duo ou trio, nous enchaînons quelques classiques, mais également « Malbrough s’en va en guerre » ! Le pompon est un Ave Verum de Mozart que nous chantons à 2 voix avec Perrine ! Non, vous ne rêvez pas, cela faisait bien partie des musiques disponibles ! Du jamais vu dans un karaoké !
Nous ne pouvons prolonger longtemps la soirée car un SMS arrive : demain matin : nouvelle mission ! Décidément, le début de la semaine est un feu d’artifice !









