Mission Tumana – Our Lady of Perpetual Help – Marikina
Doc Lee passe donc nous prendre à l’heure prévue puis nous passons au prieuré. Nous pensions prendre les garçons, mais non, il n’y a que Doc à partir avec nous : les autres nous rejoindrons plus tard. Nous avons beaucoup de mal à trouver le lieu car plusieurs rues sont encore barrées. Nous nous perdons un peu et le spectacle que nous découvrons est toujours aussi impressionnant. Nous sommes maintenant deux semaines après les inondations : le long des trottoirs et aux carrefours, les mêmes tas de boue, amoncellement de meubles et objets en tout genre détruits. Docteur Lee n’est venu qu’au premier jour dans le mission, dans le barangay hall, et découvre ce spectacle pour la première fois : il n’en croit pas ses yeux.
Nous finissons par arriver au lieu de notre nouvelle mission : Our Lady of Perpetual Help, une petite chapelle simple qui a été inondée jusqu’au plafond : on voit encore la marque du niveau d’eau : au moins 3 mètres, alors que nous ne sommes relativement éloignés de la rivière !
Dehors, les patients attendent déjà. Cela sent mauvais : des animaux morts lors des inondations n’ont semble-t-il pas été dégagés… Une pluie fine se met à tomber. Ça glisse ! Nous sommes accueillis par le Père Javier (ou Père Mex du fait de sa nationalité), lui aussi membre de la congrégation de Saint François Xavier. Il est aux philippines depuis 15 ans. Il connaît le Père Emmanuel car ils ont été ensemble en Angleterre pour apprendre l’anglais. Ils se sont retrouvés aux Philippines !
Les cartons apportés par Doc hier sont stockés sur le côté derrière des bancs. La chapelle est simple : des bancs alignés le long du mur, un simple autel sur lequel trône un crucifix et une statue de Notre Dame de Guadalupe ainsi que 2 petite bougies. Derrière l’autel sont entassés des victuailles et vêtements pour les nécessiteux. Près des grilles d’entrées nous installons des tables qui serviront de cabinet de consultation et de pharmacie. Père Mex nous raconte comment lors des inondations, alors qu’ils étaient dans leur «presbitère » à quelques mètres de là, lui et Père Emmanuel essayaient de sauver ce qu’ils pouvaient : des papiers importants et des ordinateurs. Petit à petit l’eau montait et il fallait surélever encore plus, jusqu’au moment où il a fallut tout monter sur le toit. Pour s’extraire ensuite de leur bureau, l’eau étant arrivée au dessus de la porte, ils sont dû piquer une petite tête dans cette eau qu’on imagine particulièrement claire !!!
Après la prière habituelle, nous nous mettons au travail. Pendant ce temps, les philippins installent notre bannière à l’extérieur, au dessus de l’endroit où les patients pourront récupérer leurs médicaments : cela leur sert en même temps d’abri contre la pluie. Les philippins étant très débrouillards, l’essuie-vitre arrière de la voiture de Doc Lee sert d’accroche à la bannière. Ce dernier ne peut rester que jusqu’à l’heure du déjeuner => il faudra trouver une autre une autre solution.
Je suis impressionnée par le silence relatif qui règne comparé aux autres missions. Il faut dire que nos patients sont plus des adultes que des enfants. Mais cela n’explique pas tout : pour une fois, certains ont l’air abattu. Cela fait 2 semaines que les inondations ont eu lieu, sans doute 2 semaines de vie très difficile… Les volontaires de la chapelle sont très organisées et très efficaces : les patients attendent assis dans la chapelle et lorsque c’est complet, ils attendent à l’extérieur. Docteur Lee gérant lui-même la distribution des médicaments pour ses patients, le rythme de la pharmacie est tranquille d’autant que nous sommes toutes les 3 au contrôle des transcriptions et préparation des ordonnances. Aron a repris son poste d’explication des prescriptions aux patients.
Le Père Mex nous avait dit qu’il nous enverrait une patiente atteinte d’une infection aux oreilles. La voilà qui arrive : de toute sa carrière, Doc n’a jamais vu cela. La partie latérale du cou située sous les oreilles est déformée, énorme, avec des sortes de cratères de pu à certains endroits. Depuis combien de temps la pauvre dame est-elle dans cette situation ? Nous ne le savons pas, mais visiblement, la situation ne date pas d’hier. Heureusement des cheveux mi-long cachent ces plaies difficiles à regarder. Nous allons voir ce que nous pouvons faire et gardons ses coordonnées. Elle accepte que nous la prenions en photo. Pas très courageuse pour cette fois, je demande à Blandine de prendre les photos car la vue de cette plaie m’est difficilement supportable. Un peu plus tard, Doc s’étonne qu’aucun des patients n’aient de fièvre : et pour cause, les volontaires de la paroisse prennent la température avec une thermomètre qui ne marche pas !!!!!
Dans la matinée, nous avons également l’aide ponctuel d’Aimé, jeune séminariste congolais de la congrégation Saint François Xavier ! Décidément, quelle congrégation internationale !
Le travail s’écoule tranquillement rythmée par les chants que Perrine entonne régulièrement. Généralement, nous nous arrêtons de chanter quand le rythme s’intensifie et que nous ne pouvons plus fixer suffisamment notre attention sur notre travail. Quand, par exemple, Blandine s’absente pour faire des pansements, et ce matin, il y en a beaucoup, avec parfois des plaies bien infectées. La « salle de soins » est juste au pied de l’autel.
En fin de matinée, nous sommes rejoint par Jerwin, Seymour et Doctora Araneta. Nelson, lui, est au fond de son lit. Sans doute un gros coup de fatigue. Il faut dire qu’il n’a pas ménagé sa peine depuis le début, prolongeant souvent les journées de travail par des courses logistiques pour nos missions du lendemain. Pour le moment, nous avons 3 médecins et Doc décide de faire un roulement pour aller déjeuner afin de continuer à servir les patients sans interruption. Nous prenons notre déjeuner dans la maison d’une paroissienne. Elle nous a concocté un petit menu philippin délicieux ! Les traces des inondations sont encore bien présentes dans la maison : les intérieurs des meubles sont encore couverts d’une fine couche de boue, la télé est à moitié démonté, sans doute dans l’intention de nettoyer l’intérieur pour tente de la refaire marcher ! Au cours du déjeuner, Doc nous raconte quelques anecdotes racontées par ses patients : ainsi, une maman qui avait de l’eau jusqu’au coup a tenu son enfant posé sur sa tête pour pouvoir le sauver !
L’équipe de la pharmacie est maintenant très nombreuse et malgré l’exiguïté des lieux, « ça débite » bien. En revanche, les équipes de la paroisse qui font les transcriptions ont du mal à tenir le rythme de Doc. Blandine et moi nous mettons également à la transcription des codes. Entre le contrôle et l’écriture, nous allons bientôt connaître par cœur tous les codes de doc !
Docteur Lee doit partir, et les philippins trouvent une autre solution pour tenir la banière : déciment, toujours aussi « resourceful » ces philippins ! L’abbé Dolotina nous rejoint. Il ne peut malheureusement bénir les malades car il n’est pas dans sa paroisse et le Père Mex lui a dit qu’il avait déjà béni les malades le matin. Nous sommes un peu surpris car le flot de diminue pas et je doute que tous soient venus à la messe de 6h ce matin, mais bon. Au moins, l’abbé est là, en soutane, et les patients peuvent discuter avec lui. Et ils ne s’en privent pas !!!
Décidément, les « visites » de la journée n’en finissent pas : c’est maintenant au tour de l’armée. Doc regarde avec eux la possibilité de bénéficier de leur aide pour le transport des médicaments, comme elle le fait pour nos missions dans la province de Sarangani. Affaire à suivre. Peu après, Père Mex chausse casques, bottes et pelle et part travailler au dégagement des rues du quartier de sa paroisse. Nous stoppons l’enregistrement assez tôt pour aller à la messe ce soir. Mais des patients attendent : ce n’est pas grave, on reviendra demain. Les paroissiennes toujours autant organisées ont même distribué des numéros : 100 patients nous attendent déjà pour demain ! Nous en avons eu 378 aujourd’hui. Nous laissons donc tout sur place et embarquons pour un trajet en chanson.
Avant la messe, nous avons une petite réunion pour la suite des opérations ici. Le groupe de français nous a proposé une mission mais à une date où nous étions déjà pris. Nos finances diminuent à vue d’oeuil, ainsi que les médicaments. Le prieur nous demande quand nous partons et sommes bien incapables de lui répondre. Nous espérons juste pouvoir profiter un peu de Manille avant de rentrer. Yolly nous a parlé de fonds que nous devrions recevoir. Si effectivement nous pouvons disposer d’un budget supplémentaire, nous pourrons nous réapprovisionner en médicaments et poursuivre notre travail. Visiblement, il ne s’agit que d’une question de jours : soyons donc patients ! Doc est crévé : le rythme a été dense depuis une semaine : environ 1500 patients. Il nous demande si nous voulons nous reposer ce vendredi. La réponse est NON ! Nous avons déjà 100 personnes qui nous attendent ! Peut être aurait-il voulu prendre un peu de repos bien mérité.
Après messe, nous discutons un moment avec les abbés Ghella et Dolotina. Ce dernier nous mime les péripéties que lui ont raconté les philippins : ces pauvres gens ont tout perdu mais racontent cela avec un grand sourire et se bousculent presque pour avoir la bénédiction de l’abbé ! Je me demande si l’abbé n’a pas des origines italiennes car je suis sûre que si on lui coupe les mains, il ne peut plus parler !!!!
Bon c’est bien beau tout cela, mais il faut dîner. Nous comptions sur un petit resto de « lechon manok » (poulet grillé) en face de notre appart, mais pas de chance il est fermé et nous devons nous contenter d’un humberger fait sous nos yeux dans une sorte de roulotte ! Avant la douche (froide car malgré la super salle de bain, il n’y a pas d’eau chaude) nous faisons une rapide inspection des pieds : qui a les pieds les plus noirs ? Entre la boue, la poussière des endroits où nous nous rendons et la pollution de Manille, il faut de l’huile de coude pour ne pas devenir des pieds noirs ! En Asie, ça ne ferait pas sérieux !














