Tumana – 2ème jour – sourires et émotions
Nous retournons donc dans notre petite chapelle de Notre Dame du Perpetuel Secours. Cette fois, pas de voiture climatisée de Docteur Lee : c’est métro et Jeepney ! Doc a repris de l’énergie : servir les pauvres patients est comme une dose de vitamine pour lui, même si c’est parfois fatigant. Petite image insolite en arrivant de ce vendeur de glace, avec sa petite roulotte qui semble toute neuve comparé aux débris de meubles qui jonchent le sol ! Comme à l’accoutumée, les patients nous attendent. L’un des premiers patients est un petit enfant sur les genoux, sans doute de son grand père. Il a un regard triste et a le visage couvert de petits boutons. Nous avons plus d’enfants aujourd’hui et ce n’est pas toujours évident de les peser, surtout lorsqu’ils sont tout petit : il faut d’abord peser la maman portant son bébé, puis la maman seule. L’un d’eux est tout fiévreux et parait bien mal en point. Un autre nous observe, tout intrigué même s’il sourit, jusqu’à ce que doc lui pose son stétoscope ! Mais non, petit bonhomme, ne pleure pas, Doc va prendre soin de toi ! Mais rien n’y fait et il se raccroche à sa maman.
L’abbé Dolotina nous rejoint en fin de matinée. Cette fois, il a mis une soutane noire, beaucoup moins salissante ! Avec lui, il a amené Jerwin. Je ne vous ai pas encore précisé que, si vous êtes avec Jerwin, vous ne risquez pas de manquer une pause snack ou déjeuner. Et il nous fait bien rire ce matin : il prend un papier de prescription et le regarde perplexe. Las de ne comprendre ce qu’il lisait, il se tourne vers Blandine et moi et nous demande pourquoi il est écrit « apple juice ». Nous lisons le papier et éclatons de rire : en réalité, il était écrit « apply twice » (appliquer 2 fois par jour – il s’agissait d’une crème) ! L’heure du déjeuner approchant et son estomac criant famine ont dû le perturber un peu ! Sacré Jerwin !!! Peu après, nous, les 3 françaises, sentons une odeur vraiment bizarre et surtout très mauvaise. Nous pensons un moment que ce sont nos patients qui avec toutes leurs difficultés matérielles et leur vie dans l’insalubrité dégagent de mauvaises odeurs. Mais j’entends maintenant des crépitements… et réalise que ce n’est que l’odeur du poisson sec en train d’être frit ! Bon appétit !!!! Heureusement, ce ne sera pas pour nous car comme la veille, nous prendrons notre repas chez une paroissienne.
Juste avant le déjeuner, nous avons la bonne surprise de voir arriver Doctora Balawas. Décidément, elle est devenue une fidèle de nos missions. Mais même plus que ça car elle a fait venir avec elle une autre femme médecin de la police. Nous sommes maintenant à 3 médecins et comme la veille, nous déjeunons par équipe pour assurer un service continu à nos patients. De retour, plus question de lever le nez car avec 3 médecins qui appliquent la méthode des codes de Doc, il faut suivre ! Et on ressent à chaque fois le départ de Blandine lorsqu’elle doit faire des pansements. Nous chantons à qui mieux mieux et l’ambiance est toujours très bonne. L’abbé distribue des chapelets et les bras se tendent pour essayer d’attraper les derniers. Un jeune volontaire venu pour la transcription des codes ne doit pas bien savoir où le mettre car pendant son travail, il le met autour d’un petit chien en peluche ! Espère-t-il le convertir ?
Tout d’un coup, c’est l’agitation vers l’extérieur : les grilles de la chapelle sont maintenant grandes ouvertes et des sacs de riz sont déchargés d’un camion. Il s’agit d’un don d’une association. Une chaîne s’organise pour transporter les sacs au fond de la chapelle et l’abbé devient un maillon, tout heureux de donner un coup de main. Peu après, c’est une chaîne en sens inverse et d’autres mains se tendent : c’est une distribution de vêtement pour les familles : chacun espère qu’il y aura un sac pour lui….
En fin d’après-midi, le Père Mex propose à l’abbé Dolotina de faire un tour du quartier. Il faut mettre la tenue adéquate, c’est-à-dire bottes en caoutchouc ! Blandine les accompagne et est notre reporter. C’est de nouveaux un spectacle de désolation matérielle : les rues sont trop étroites pour l’accès des camions. Elles ne sont donc pas dégagées. Deux semaines après les inondations, certaines rues ont encore en partie sous l’eau. Mais ce qui frappe, c’est ce contraste de tas d’objets détruits et la tranquillité et le sourire des philippins. L’un nettoie sa crèche au jet d’eau, une famille a trouvé refuge au 1er étage de leur maison et fait de grands signes, une autre a transformé le tricyle en fauteuil/canapé. Des matelas tentent de sécher tant bien que mal. Et il faudra sans doute des mois avant que la situation ne redevienne normale dans ce quartier. L’eau leur a tout pris, mais leur sourire, personne ne pourra leur prendre.
C’est maintenant l’heure de plier bagages. Les médicaments sont rangés dans les cartons qui souffrent de plus en plus d’être trimbalés à droite et à gauche. Pendant que les garçons scotchent les cartons, nous nous mettons à chanter : Ave Verum à 2 voix, Je vous salue Marie et autres chants. Petit à petit un cercle d’enfants s’est formé autour de nous. La nuit est tombée et nous ne sommes plus éclairées que par une bougie. Moment magique et émouvant… La gorge se sert quand il faut dire au revoir. Les volontaires paroissiennes nous remercient et nous disent que nous sommes des exemples pour eux. Mais non, ce sont eux qui sont des exemples pour nous, par leurs leçons quotidiennes de gentillesse, dévouement, confiance en la providence, bonne humeur, ardeur au travail et détachement des biens matériel. Deo gratias pour ces merveilleuses rencontres. Qu’elle chance nous avons de vivre tout cela !
Demain repos !!! L’abbé nous propose de nous faire visiter Manille. RDV est pris pour la fin de matinée. Nous allons enfin pouvoir dormir après une semaine de levers entre 5h30 et 6h du matin.














