Le temps des larmes – Au revoir Gensan
La nuit fut courte : à peine 2 heures ! Le sommeil a eu finalement raison de Mariecar, Judith et Kitz mais leur nuit fut encore plus courte que la nôtre : ils sont debout avant nous. Yolly nous avait dit qu’elle serait là à 6h : elle ne devrait donc pas tarder. Dernière « douche », nous fermons nos valises… puis nous prenons notre petit déjeuner : entre le dîner pantagruélique d’hier et la séparation en perspective : cela a un peu de mal à passer, et je ne vous parle même pas d’avaler l’énorme gâteau à la crème au beurre (salée) au café qu’ils avaient acheté la veille mais que, bien sûr, nous n’avions pas réussi à manger ! Chacun essaye de faire bonne figure. Mais le temps passe et toujours pas de Yolly. Allons-nous quitter Gensan sans lui dire au revoir ? Non, ce n’est pas envisageable ! Quelques texto et nous apprenons qu’elle est en route : il est déjà près de 7h et nous sommes censées partir dans quelques minutes car nous devons être à l’aéroport à 7h30. Mariecar a organisé notre transport à l’aéroport, mais à 7h, personne. Par certains côtés, heureusement car nous allons pouvoir passer un plus de temps avec Yolly et Sheryl qui sont enfin arrivées. Mais côté avion, cela risque d’être un peu juste !
Nous sommes toutes contentes de chanter à Yolly la chanson que nous avions préparée, mais j’avoue que certains mots restent au fond de la gorge. Ah non alors, ce n’est pas le moment de commencer à craquer, nous ne somme même pas à l’aéroport ! Heureusement Perrine et Blandine pallient à mes défaillances et je retrouve bientôt ma voix. Nous lui offrons alors les deux livres : Les 3 mousquetaires (en anglais !) en souvenir de nous trois et un beau livre sur les orchidées car Yolly adore jardiner même si elle en a peu le loisir. Nous avons visé juste ! Yolly nous avoue qu’elle lorgnait depuis quelques temps sur le livre mais l’avait laissé dans la boutique en raison du prix. Elle est ravie ! Sheryl offre à chacune de nous une mini tasse avec une tête de bonhomme et une dédicace spéciale. Mais pendant ce temps, toujours pas de chauffeur et le temps tourne…. Mariecar le contacte : nous ne devons pas nous inquiéter, il est en route ! Certes, certes, mais bon… Ahlala, nous avons encore du travail à faire avant d’attendre la totale « zen attitude » des philippins ! En attendant, autant s’occuper : vive la vaisselle à l’eau froide et un filet de savon, surtout lorsqu’il s’agit de nettoyer les assiettes pleines de crème au beurre !!!!
Notre petit van finit par arriver : il « n’est que » 7h50 ! La ponctualité philippine…. Nous enfourgons nos bagages : tout tient malgré les multiples sacs. Tout le monde embarque. Au revoir bureau…. Prise par l’inquiétude de notre horaire d’avion, je ne réalise pas que je ne suis peut être pas prête de revoir ce bureau si sympathique…. Nous ne sommes pas en avance et voilà qu’à l’entrée de l’aéroport, les contrôles nous arrêtent alors que d’habitude, nous passons sans problème. Forcément, c’est toujours quand on est pressé que tout s’accumule. Heureusement, quelques mots en tagalog et nous franchissons la barrière. Pas le temps de se poser de question : nous filons enregistrer nos bagages et nous ressortirons dire au revoir à nos amis : nous sommes arrivées avec 1h de retard par rapport à l’heure normalement d’enregistrement… Nous avions pesé nos bagages et espérions que cela passerait à peu prêt, à quelques menus kilos prêt. Et bien non, à nous 3, nous en avons 12 de trop ! J’essaye de négocier, argumentant que nous venons de passer plusieurs mois pour aider et soigner les philippins, rien n’y fait. Nous devons payer !
C’est maintenant l’heure de la séparation : ce devra être rapide car l’embarquement a déjà commencé. Nous retrouvons nous amis qui nous attendent avec impatience. Nous les serrons un à un dans nos bras. Mariecar craque la première et cette fois, je n’arrive pas à luter : je pleure moi aussi. Quand les reverrais-je ? J’espère bien en juillet prochain, pour la mission médicale d’été. Ils me promettent de prier pour que je revienne ! Merci mes chers amis, moi aussi, je prierai à cette intention. Merci, merci, merci pour tous ces moments merveilleux que nous m’avez permis de passer, pour votre gentillesse inoubliable, pour vos exemples qui sont de vraies leçons pour nous. Maraming Salamat ! Kita tayo in July !
Nous devons les quitter car l’heure tourne. Nous rentrons de nouveau dans l’aéroport mais je les suis du regard jusqu’au dernier moment, au milieu de mes larmes…. Nous n’avons pas sitôt embarqué que nos amis nous envoient déjà des messages : « I miss you, ina » (tu me manques maman) m’écrit Sheryl. Yolly nous envoie des messages d’une extrême gentillesse qui ne m’aident pas à sécher mes larmes… Mais il faut déjà penser à la suite : Seymour nous attendra à l’aéroport de Manille et s’enquiert de savoir si nous partirons bien à l’heure.
Heureusement Blandine et Perrine sont là, elles n’ont pas craqué et nous revoilà à papoter, ce qui évite au larmes de refaire leur apparition. Après un voyage sans encombre, nous retrouvons Seymour a l’aéroport : il est impressionné par nos bagages ! Il faut dire qu’il ne nous avait vu jusque là qu’avec nos petits paquetages. Il nous aide à trouver un taxi en essayant de se faire avoir le moins possible : les taxis philippins sont les seuls que nous n’aurons pas de regret à quiter). Nous le retrouverons en fin de journée car pour le déjeuner, nous avons prévu de nous faire un petit resto dans le fameux resto-buffet Filipino-espagnol du vieux Manille (les resto que nous avions fait en octobre dernier et où nous avions également invité Doc Cagapé pour le remercier des missions de Manille). Pour une fois, pas d’embouteillages dans Manille : un 1er janvier, il n’y a pas grand monde dehors. Grosses déception lorsque nous arrivons devant notre restaurant : il est fermé ! Nous nous rabattons sur un « chowking », une chaîne de restauration locale. Beaucoup moins de charme, mais heureusement, nourriture philippine. Nous prenons tout notre temps à papoter et évoquer les merveilleux moments qui sont déjà des souvenirs… Nous prenons maintenant la direction du prieuré où les filles vont laisser leurs bagages (elles embarquent ce soir pour Saigon) avant que j’aille prendre ma chambre dans la petite pension où nous avions passé 2 nuits lors de nos premières missions à Manille. Seymour nous rejoint dans le bar de l’hôtel, autour d’un verre pendant que Nelson joue le guide touristique avec des japonais ! Pour que nous gardions un souvenir d’eux, Seymour offre à chacune d’entre nous un joli bic métallique gravé à notre nom. Pendant ce temps, les messages de nos amis de Gensan continuent d’arriver. Mariecar me dit qu’elle n’arrive pas à retenir ses larmes : c’est comme s’il y n’y avait plus de lendemain maintenant que nous sommes parties ! Pendant que je le peux encore (car je crains d’être dans le même état qu’elle dans 2 jours !), j’essaye de la réconforter et de la booster : je n’ai jamais vu un philippin désespéré, et il est hors de question que ce soit elle la première ! Jusqu’à mon départ, je vérifierai chaque jour son niveau de moral !!!
Nous n’avons pas le temps de nous attarder trop au bar car nous souhaitons assister à la messe. A la sortie, nous retrouvons doctora Araneta et sa famille qui nous proposent de dîner ensemble et de conduire les filles à l’aéroport. C’est vraiment trop gentil et difficile de refuser au grand dam de Nelson et Seymour qui pensaient bien partager un dernier dîner avec nous trois. Dernière bénédiction des abbés (nous avons droit à 3 bénédictions !) et nous voilà dans la voiture. Nous n’avons plus qu’à textoter aux garçons pour nous excuser auprès d’eux et leur dire au revoir. Heureusement, je reste encore 2 jours à Manille et j’aurai le temps de les revoir. L’avantage de Manille le soir, c’est qu’il y a beaucoup moins de trafic et en un rien de temps nous sommes à l’aéroport. Doctora Araneta et sa famille assistent les filles pour l’embarquement : elles ont trop de bagages. Des discussions s’engagent et je reconnais quelques mots tels que Ondoy, Medical missions, volunteers (le reste des échanges est en tagalog, mais les philippins parlent taglish ce qui est parfois partique !). Quelques transferts de bagage soute vers bagage à main et hop, on ferme les yeux, sur les quelques kilos excédentaires qui restent ! Merci les amis ! Les bagages enregistrés, nous avons tout le temps pour dîner, le vol étant aux environs de 23h. Ce soir ce sera pizza avant d’accompagner Blandine et Perrine à la douane. Je les serre une dernière fois dans mes bras : bon voyage les filles, profitez-en bien et merci pour ces superbes moments passés ensemble ! Elles passent la petite guérite…. Au revoir les filles, on se retrouve à Paris !
Doctora Araneta me raccompagne à ma petite pension où je savoure une vraie douche chaude. Je peux vous dire qu’après toutes ces émotions, ça fait du bien ! Une bonne nuit en perspective, dans un lit confortable, dans une chambre climatisée… De quoi être en forme pour les deux derniers jours à Manille.












